Le droit à réparer triomphe !
par Jason SelfSamedi 15 mars 2025
Depuis des années, Apple, le seigneur de tant de monde, fait face à une plainte persistante et agaçante : les gens veulent réparer leur téléphone. Ces ingrats, qui manquent clairement de la sensibilité esthétique raffinée requise pour apprécier les chefs d’œuvres monocoques, scellés hermétiquement, d’Apple, réclament le droit de réparer, fouiller et violer les entrailles virginales de leurs iAppareils. Apple, dans son infinie sagesse, a longtemps résisté, sachant que des pratiques aussi barbares conduiraient inévitablement au chaos, à des écrans brisés et à l’horreur indescriptible des… pièces non officielles. Du point de vue d’Apple, l’idée de gens osant bidouiller leur appareil Apple était aussi absurde que celle d’un manchot 1 essayant de piloter un avion gros porteur.
Mais même une divinité technologique doit parfois s’incliner devant les lubies des masses (ou au moins faire semblant de). Dans une incroyable performance d’empathie simulée, Apple a annoncé une nouvelle politique révolutionnaire, avant-gardiste, radicalement novatrice et tout à fait magique concernant le remplacement de batterie. Que tout le monde se réjouisse ! Vous pouvez maintenant échanger votre batterie vide d’iPhone avec… eh bien, à peu près n’importe quoi, du moment que cela vérifie un prérequis crucial et non négociable.
La pierre angulaire de cette nouvelle ère intrépide de contrôle anarchique de la batterie par l’utilisateur est l’Apple Authenticity Chip™ 2 (brevet en instance, tous droits réservés, peut causer une terreur existentielle). Dans une décision applaudie par absolument personne comme une victoire pour le droit de réparer, Apple a annoncé aujourd’hui que les gens pourront finalement remplacer leurs batteries d’iPhone par n’importe quel gros détritus lithium-ion qui traîne aux environs – du moment qu’il contient une véritable Authenticity Chip™, certifiée par Apple. Cette solution fluide, intuitive et élégamment conçue assure que, bien que vous puissiez techniquement forcer l’ouverture de votre téléphone et y fourrer une batterie patate, Apple garde un contrôle ultime, inflexible, imposé cryptographiquement, sur ce qui alimente ses précieuses créations. C’est le choix laissé aux utilisateurs, redéfini. C’est l’autonomisation avec un astérisque. C’est… Apple, qui tient la vie de votre téléphone entre ses mains.
Et le meilleur ? C’est absolument, complètement, 100 % gratuit ! Oui, vous avez bien lu. Apple, dans une décision d’une générosité sans précédent, est presque en train de jeter au vent ces merveilles de micro-ingénierie. Vous pouvez en récupérer une dans tout Apple Store – elles sont distribuées comme des pastilles de menthe au Genius Bar. On dit qu’ils envisagent de les charger dans des canons à confettis pour en bombarder les grandes villes. Et pour les experts en technologie avec une imprimante 3D pour les circuits microscopiques, le schéma électronique de la puce est disponible au téléchargement sans frais.
Mais que fait cette puce gratuite et miraculeuse ? Soyons clairs. Elle ne fait rien pour améliorer la performance de la batterie. Elle n’augmente pas magiquement la durée de vie de la batterie. Elle n’empêche pas la surcharge (bien que selon la rumeur une Apple-certified Overcharge Prevention Chip™ 3 séparée, vendue séparément, doive arriver bientôt sur le marché). Elle ne fait même pas votre café. L’Authenticity Chip™, disponible sans frais dans les Apple Stores, les stations essence participantes et bientôt via largage aérien depuis des drones volant à basse altitude, ne fait absolument rien à part d’assurer que votre téléphone sait, avec une certitude cryptographique absolue, que la batterie est… bien là.
C’est tout. C’est une poignée de main numérique. Un « Bonjour, je suis une batterie (ou du moins quelque chose prétendant être une batterie) » cryptographique. Le seul but de cette puce est d’envoyer un message signé cryptographiquement à l’iPhone, confirmant son existence et, on le présume, sa volonté d’alimenter l’appareil en électricité. Si l’iPhone ne reçoit pas ce message signé, eh bien… disons que vous contemplerez une belle brique morte de grand prix. C’est, pour utiliser un terme galvaudé par Apple, « élégant ».
Naturellement, l’annonce officielle par Apple de cette initiative avant-gardiste pour les batteries fut noyée dans la vague habituelle de double langage d’entreprise et de termes évasifs soigneusement choisis. Le communiqué de presse, un chef-d’œuvre d’obscurcissement, se concentra lourdement sur l’importance primordiale de la « sécurité de l’utilisateur » et du « maintien de l’écosystème délicat de l’expérience iPhone ». Toute remarque suggérant que c’était une manière rusée de garder le contrôle fut réfutée avec véhémence.
Tim Apple-Cook (aucun rapport), vice-président sénior de l’Obscurcissement et de la Maximisation des Profits l’a dit : « Chez Apple, nous croyons que les gens doivent avoir le pouvoir… de risquer l’annulation de garantie. Notre engagement à la sécurité et à l’intégrité de l’appareil est indéfectible. Bien que nous ne puissions pas garantir l’intégrité structurelle d’un appareil alimenté par une batterie qui provient, disons, d’un Roomba jeté au rebut, ou d’une offre eBay douteuse, ou encore d’un nid d’écureuil particulièrement ambitieux, nous pouvons au moins confirmer cryptographiquement son existence avant que l’inévitable se produise. »
La conséquence implicite, livrée avec la subtilité d’un coup de masse dans la face, était claire : utilisez une batterie non authentifiée et votre téléphone va probablement exploser dans une pluie d’étincelles et de feux d’artifices. Ou il se peut qu’il n’explose pas, vous laissant piégé dans un état perpétuel de flou technologique, incapable pour toujours d’accéder à la dernière mise à jour d’iOS et à sa nouvelle émoticône révolutionnaire. L’Authenticity Chip™, voyez-vous, n’est pas qu’une histoire de sécurité ; c’est une histoire de tranquillité d’esprit. Il s’agit d’être sûr que, si vous utilisez une patate pour alimenter votre téléphone, cette patate a été bénie numériquement par les grands prêtres de Cupertino. « Nous voulons donner le pouvoir à nos clients », ajouta Apple-Cook. « Mais nous voulons aussi, tellement, le pouvoir de mettre leurs téléphones hors-service à distance s’ils mettent quelque chose que nous n’aimons pas là-dedans. L’Authenticity Chip est notre moyen de trouver ce si subtil équilibre. »
Sans surprise, la politique d’« ouverture » de la batterie a fait déferler un tsunami de chaos créatif sur un monde sans méfiance. Le marché a été immédiatement inondé d’options, allant de l’« iPoire » (batterie en forme de poire avec une morsure suspecte, juste un peu plus chère qu’une batterie de marque Apple) à la « PowerBrick 9000 » qui, bien que techniquement conforme du fait de son Authenticity Chip™ intégrée, pèse plus lourd que le téléphone lui-même et nécessite un sac à dos spécial et un guide Sherpa pour son transport.
On pouvait acheter des batteries prétendument « bio », « artisanales », « sans gluten » ou « alimentées par les larmes de blogueurs tech exploités ». Il y avait des batteries avec des haut-parleurs Bluetooth (pourquoi pas après tout ?), des batteries qui pouvaient aussi servir de fidget spinners et même une batterie en édition limitée soi-disant imprégnée des vraies cendres de Steve Jobs (l’authenticité des cendres n’était pas garantie, mais l’Authenticity Chip™ était, bien sûr, véritable).
Des anecdotes de mésaventures liées à la batterie devinrent rapidement l’objet de légendes sur Internet. Il y avait l’histoire de cette personne dont le téléphone commença spontanément à jouer un air de polka chaque fois que le niveau de batterie passait en dessous de 20 %, à cause d’une Authenticity Chip™ véreuse récupérée sur un accordéon recyclé. Une autre personne rapporta que son téléphone ne se rechargeait que s’il était tenu à un angle précis de 47 degrés, bizarrerie attribuée à une batterie « sensible à la gravité » achetée à un vendeur à la sauvette de Times Square. Et puis il y avait la pauvre âme dont le téléphone devint conscient, développa une addiction à Candy Crush et commença à dépenser des milliers de dollars en achats intra-applications – tout ça grâce à une batterie qui promettait des « capacités d’IA améliorées ». C’est complètement et parfaitement légal… complètement Apple Approved.
À la suite de la révolution de l’Authenticity Chip™, les défenseurs du droit à réparer se sont trouvés dans une situation étrange. Dans un sens, ils avaient gagné. Les utilisateurs pouvaient désormais, indéniablement, remplacer la batterie de leur iPhone avec n’importe quelle trouvaille bizarre, à condition qu’elle possède cette puce magique, gratuite et d’importance capitale. La main de fer de la tyrannie matérielle d’Apple s’était… desserrée ? Pas vraiment.
Les défenseurs du droit à réparer ont célébré cela comme une victoire, mais cette victoire (si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi) était vide, paradoxale et profondément insatisfaisante ; une victoire à la Pyrrhus. Apple avait fait un pas de côté en créant un système où la conformité était facile, mais où la liberté du logiciel restait illusoire. Alors que n’importe qui pouvait, techniquement, remplacer la batterie de son iPhone par une patate munie d’une véritable Apple Authenticity Chip™, le déséquilibre des pouvoirs restait fermement et cryptographiquement en faveur d’Apple. Apple avait astucieusement concédé la bataille du matériel tout en gagnant de manière décisive la guerre de la liberté et du contrôle du logiciel. En donnant à l’Authenticity Chip™ le rôle de gardien, elle avait de fait transformé toutes les batteries tierces en cheval de Troie, en y introduisant clandestinement le contrôle d’Apple.
L’avenir de la réparation est là et il est étonnamment… terne. C’est un monde de choix infini dans les limites méticuleusement entretenues du jardin numérique d’Apple. On peut choisir n’importe quelle batterie si elle dit « oui » à Apple. Les gens ont gagné le pouvoir de choisir, mais leur choix ne compte pas.
Clause de non-responsabilité
Ce texte est uniquement destiné à des fins de divertissement et de satire. C’est un commentaire humoristique et une critique de questions sociétales, culturelles ou politiques. Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence (ou, comme vous le savez, d’une parodie intentionnelle). Les points de vue et opinions exprimés dans cette satire ne reflètent pas nécessairement ceux des personnes, organisations ou entités affiliés. Les lecteurs sont invités à considérer qu’il s’agit d’une œuvre parodique et à ne pas prendre les informations ou les déclarations qu’elle contient pour des faits avérés. Aucun iPhone n’a été endommagé lors de la rédaction de ce texte, bien que plusieurs patates aient été sacrifiées.