Discours de Georg C. F. Greve à Paderborn (Allemagne), le 5/12/98 au CLOWN.

Copyright © 1998 Georg C. F. Greve.
Permission de déclaration ci-dessous

Dies ist eine Übersetzung der Rede, das
Deutsche Original
ist ebenfalls verfügbar und wird empfohlen.
Ceci est une traduction du discours, l'original en allemand
est également disponible et conseillé.

<greve@gnu.org>
History and Philosophy of the
GNU Project

À l'occasion du CLOWN (Cluster of Working Nodes),
un projet de grappe à 512 nœuds d'ordinateurs sous Debian GNU/Linux à
l'université de Paderborn, Allemagne

le 5 décembre 1998

[Note : En traduisant ce discours, j'ai essayé de rester aussi près que possible du discours original que j'avais donné en Allemagne. Casser les structures allemandes et les trabsformer dans un anglais correct a demandé un certain travail, et je voudrais remercier mon camarade de chambre Doug Chapin, un bon ami de langue maternelle américaine, qui m'a aidé avec quelques mots et phrases. La traduction ne portera jamais les mêmes émotions et implications, mais je pense, mais ne pense que nous en sommes très proche…]

En préparant ce discours j'ai lu pas mal de documents et parlé avec un certain nombre de personnes. Il m'est ainsi apparu que même les gens dont le travail est issu plus ou moins directement du Projet GNU ne réalisent pas du tout sa signification. J'ai l'impression que, dans l'excitation du renouveau que nous vivons aujourd'hui, une partie de la conscience de ces racines a disparu. J'espère pouvoir faire redécouvrir un certain nombre de ces racines ce soir.

L'origine se situe quelque part dans le passage des années 70 aux années 80, quand l'industrie du logiciel est devenue ce que nous acceptons aujourd'hui, comme allant de soi. Au début de la concurrence, les entreprises se sont décidées à faire de l'amassage de code leur stratégie de survie. Pour soutenir légalement cette pratique ont été créés des mots comme « piratage informatique », car ils suggèrent que la copie fait perdre quelque chose. Les gens ont été forcés de se faire livrer des licences, qui les empêchaient de rendre les programmes accessibles à qui que ce soit.

Quand un ami demandait s'il pouvait copier un programme particulier, on était placé devant un dilemme. Aucun désavantage personnel n'est causé par la copie : le programme n'est pas rendu moins bon par le procédé de multiplication… s'il me demandait de lui passer le sel, ce serait clairement plus désavantageux, car je ne pourrais dès cet instant plus l'utiliser. La politique de ces entreprises a forcé les gens à choisir entre légalité et amitié.

Beaucoup de personnes se sont énervées à ce sujet et la majeure partie a malgré cela continué à faire des copies (souvent avec de très mauvaises excuses, qui servaient principalement à apaiser leur mauvaise conscience, induite par le choix de formulation des entreprises). La meilleure étant vraisemblablement : « Si je l'utilisais plus souvent, alors je l'achèterais »… une phrase que chacun ayant été confronté à un logiciel propriétaire s'est sûrement déjà entendue dire une fois.

Un homme à cependant trouvé cette situation insupportable. Habitué à la liberté et à l'utilisation responsable des opportunités des premiers jours « paradisiaques » (selon ses propres mots), Richard Stallman a développé le concept d'un système libre au début des années 80. La prise de conscience que ce nouveau système serait compatible avec Unix est venue assez vite, et l'enfant fut baptisé (les acronymes récursifs étant à l'époque très en vogue) GNU, qui signifie « GNU's Not Unix » (NdT : GNU N'est pas Unix). Stallman a rassemblé autour de lui quelques personnes qui étaient également enthousiastes à l'idée d'un système libre, et a fondé la GNU Free Software Foundation, de laquelle il est encore aujourd'hui le président.

Comme un large ensemble de composants est tout d'abord nécessaire à un système Unix, et comme il était clair qu'il serait le premier pas vers un système entièrement libre, la GNU FSF a travaillé à l'écriture de ces programmes, et au début des années 90 le système GNU (à l'exception du noyau) était terminé.

Le reste de l'histoire n'a pas besoin d'être expliqué, puisque la plupart d'entre nous l'avons vécue.

J'ai dit précédemment que Richard Stallman a projeté le concept du logiciel libre, ce que je n'ai cependant pas développé est la philosophie qui se trouve derrière.

Le « libre » dans logiciel libre ne se réfère pas au prix mais à la « liberté » (NdT : en anglais, logiciel libre se dit « free sofware », mais « free » peut vouloir dire gratuit ou libre). Ce thème n'est pas complètement sans poser problème, et certains précurseurs du mouvement (comme par exemple Eric Raymond) ont ces derniers temps commencé à parler d'« open source », car « liberté » a un son désagréable pour la plupart des gens. Liberté sonne comme « rendre le monde meilleur » et comme « incertitude ». Cela sonne comme changement, et le changement fait peur à beaucoup de personnes. Pour endormir cette peur ont été inventées d'autres licences pour le logiciel libre, qui sont censées rendre le concept plus digeste pour ces personnes et ne pas effrayer l'industrie.

Mais c'est précisément la raison pour laquelle le projet GNU rejette le terme « open source ». Nous pensons qu'il est plus sensé de rassurer les personnes par rapport à l'idée originale, plutôt que d'affaiblir le concept. C'est seulement quand les utilisateurs et les entreprises auront pris conscience de l'importance de la liberté, que sera évité un retour en arrière vers l'ancien mode de penser.

La philosophie du projet GNU est que CHACUN devrait avoir le droit d'utiliser un programme, de le copier et de l'adapter à ses propres besoins. La seule restriction qu'applique la licence GNU GPL est que PERSONNE n'a le droit de retirer cette liberté à d'autres personnes.

Quand un auteur a placé son code sous la licence GNU GPL, la liberté est liée irrémédiablement avec son programme. C'est naturellement une épine dans le pied de nombreuses entreprises, puisque cela les empêche de modifier le code pour ensuite le vendre en tant que logiciel privatif (propriétaire). Tant qu'il y aura des personnes rêvant de s'enrichir rapidement, c'est cette liberté qui empêchera les entreprises comme Microsoft de corrompre le développement futur de notre système.

L'argument de loin le plus courant contre la philosophie GNU est que le logiciel serait la « propriété intellectuelle » du programmeur et que ce serait son droit de pouvoir décider à quel prix le programme serait publié. Cet argument est très compréhensible par la plupart des gens, puisqu'il suit précisément la façon de penser qui nous a été inculquée durant les vingt dernières années.

La réalité est cependant différente. Les personnes vivant uniquement de la vente de logiciel écrit par leurs soins sont l'exception. D'habitude les programmeurs concèdent leurs droits de manière contractuelle à une entreprise, qui gagne ensuite de l'argent en limitant l'accès à ce programme. C'est donc en réalité l'entreprise qui possède les droits du programme et décide de son prix, et pas le programmeur.

Si un avocat développe une défense particulièrement intelligente, il ne peux pas ensuite la faire valoir comme sa « propriété intellectuelle », la méthode est disponible pour tous. Pourquoi acceptons-nous si facilement l'idée que chaque ligne de code (peu importe qu'elle soit peu inspirée ou bâclée) serait si unique et incroyablement individuelle ? La folie du contrôle va aujourd'hui si loin, que le génome humain peut être breveté (mais habituellement pas par ceux qui l'« utilisent »). Tout doit-il vraiment être toujours brevetable et plaçable sous une licence ?

C'est précisément la question qui représente l'un des points-clefs du projet GNU. Imaginons simplement qu'il n'y ait aucun droit sur des logiciels brevetés, ou que breveter un logiciel ne soit pas courant, car tout le monde publie ses programmes sous la GNU GPL.

Il est ainsi possible de recourir à des solutions existantes pour les problèmes standards, qui auparavant devaient être à chaque fois résolus à nouveau. On ne gaspille plus de temps, encore et encore à résoudre ces mêmes problèmes. Les programmeurs pourraient emprunter de nouvelles voies et résoudre de nouveaux problèmes. Quand un groupe d'utilisateur a absolument besoin d'une nouvelle fonctionnalité dans un programme, alors elle se contente de trouver un programmeur et de lui faire mettre en œuvre. Libérés des limitations des licences et de l'argent, ils ne compteraient plus que deux éléments pour le développement d'un programme : le besoin, et la qualité.

À propos de qualité : il devient de plus en plus clair aux entreprises aujourd'hui, que précisément l'accès au code source par les utilisateurs offre un énorme avantage. Pour l'exprimer simplement : plus d'yeux voient tout simplement plus de choses. Des solutions qui apparaissent impensables à certains deviennent évidentes pour le suivant. Grâce à cet avantage, le logiciel libre est souvent meilleur que son pendant propriétaire. Seulement une tendance se développe aujourd'hui, qui consiste certes à donner à l'utilisateur un droit de regard sur le code source, mais à ne lui accorder aucun autre droit. Les améliorations doivent être sagement délivrées par l'entreprise, qui ainsi améliore son produit. Quasiment une gigantesque division de développement bénévole. Si nous ne faisons pas aujourd'hui attention et que nous ne défendons pas nos droits au logiciel libre, il peut arriver que dans 5 ans nous devions payer pour recevoir les versions, qui auront été développés avec nos propres correctifs.

Le principe du logiciel en tant que « propriété intellectuelle » porte le germe de la chute en elle (veuillez pardonner le pathos de cette phrase). Aussi longtemps que nous acceptons le concept, nous acceptons également le danger qu'une nouvelle entreprise essaye de s'approprier le contrôle. Microsoft n'est pas le mal personnifié, comme ont l'air de le penser certains. Microsoft est la conséquence naturelle du système globalement accepté.

La peur de scier la branche sur laquelle on se trouve est également largement répandue, mais malgré cela complètement irrationnelle. De meilleurs programmes amènent plus d'utilisateurs, qui ont d'autres envies, ont de nouvelles idées, et ainsi créent un nouveau besoin. La structure va se modifier afin de s'adapter à la nouvelle donne, mais il y aura plutôt plus que moins de travail, et il s'éloignera plus de la routine et deviendra plus intéressant.

Il reste encore des peurs courantes la peur relativement largement répandue du manque de reconnaissance. Eh bien, la reconnaissance que les figures de proue des différentes philosophies reçoivent parle d'elle-même. Pour ma part, je préférerais être reconnu de la façon que l'est Linus Torvald ou Richard Stallman plutôt que d'avoir la réputation de Bill Gates.

Je le reconnais, tout cela a une teinte d'idéalisme et d'amélioration du monde, mais une grande partie des idées qui ont vraiment fait bouger ce monde étaient empreintes du vœu de rendre le monde un petit peu meilleur.

Pour clarifier complètement un point : non, le projet GNU n'est pas contre le capitalisme et les entreprises en général, ni contre les entreprises de développement de logiciels en particulier. Nous ne souhaitons pas non plus limiter la possibilité de faire du profit, bien au contraire. Chaque entreprise sera tenue de faire le plus d'argent possible grâce au logiciel… tant qu'elle s'en tiendra aux principes du logiciel libre.Plus ces entreprises gagneront d'argent, plus elles pourront investir dans le développement de logiciels. Nous ne voulons pas faire disparaître le marché, mais l'adapter au temps actuel.

Une petite remarque sur les principes de base : naturellement une documentation libre fait partie du logiciel libre. Cela a peu de sens de libérer le successeur du livre, le logiciel, et par là d'accepter un contrôle sur son équivalent numérique. La documentation libre est tout aussi importante que le logiciel libre lui-même.

Quelqu'un a peut-être qualifié ma déclaration, que nous voulons « adapter le marché au temps actuel », de figure de rhétorique ; pourtant c'est un point capital de la philosophie GNU. Le temps, durant lequel les logiciels n'étaient intéressants que pour une poignée de dingues (freaks) et les grosses entreprises, est révolu depuis longtemps. Aujourd'hui le logiciel signifie l'accès à l'information. Un système qui limite la disponibilité du logiciel et ainsi l'accessibilité à l'information, doit soulever le doute.

Quand Eric Raymond a publié le « Halloween Document », il a déclenché des sentiments allant de l'euphorie à la paranoïa. Pour ceux qui ne l'ont pas lu, il s'agit d'une étude interne de Microsoft, dans laquelle sont discutées les forces et faiblesses du logiciel libre en général et de Linux en particulier. L'intéressé est arrivé à la conclusion que Microsoft n'a que deux possibilités d'échapper à cette menace.

La première est la création ou l'élargissement de vieux protocoles, qui ne seront ensuite pas du tout ou très mal documentés, pour qu'ainsi seuls les ordinateurs fonctionnant sous Windows puissent disposer d'une implémentation fonctionnelle de ces protocoles.

Un exemple d'application de cette tactique est la série « Cxi » des imprimantes HP, qui ont été amenées à prix imbattables sur le marché en tant qu'« imprimantes Windows ». Les spécifications ne furent divulguées qu'à Microsoft, de sorte que ces imprimantes ne puissent être utilisées par aucun autre système d'exploitation.

Un « vendeur spécialisé » m'a expliqué que « pour Windows » signifiait que l'imprimante aurait besoin d'une mémoire particulière, dont ne disposerait que Windows, et qu'ainsi il était impossible de l'utiliser sous Linux. Cela fait naturellement douter tout utilisateur normal, ce qui m'amène directement à la deuxième tactique décrite.

Elle est habituellement abrégée par « FUD » (NdT : en français peur incertitude doute) et a été utilisé bien avant Microsoft par IBM. L'idée est simple : une fois qu'une personne a été suffisamment désorientée, elle n'ose plus prendre aucune décision et s'accroche à sa position actuelle. C'est du moins l'idée.

De tout temps, la clarification a été l'ennemie de la superstition. Pour ne pas nous mettre en travers du chemin les uns des autres, nous ne pouvons pas nous laisser diviser.

La division la plus évidente de ces derniers temps se situe dans la différence déjà expliquée entre l'« open source » et le « logiciel libre ». Garder séparés les deux concepts est souvent difficile même pour les initiés, et comprendre la différence n'est souvent possible qu'avec le contexte des années précédentes. Comme c'est un point central, je voudrais encore m'y attarder un peu.

Après l'achèvement du système GNU avec le noyau Linux, un système libre complet, puissant et fonctionnel devenait brusquement disponible. Cela devait inévitablement attirer l'attention du public tôt ou tard.

Quand cette attention est apparue, de nombreuses entreprises ont été déconcertées par le mot « libre ». La première association était « gratuit », ce qui pour elles signifiaient « sans profit ». Quand il a été tenté de leur expliquer que « libre » signifiait en fait « liberté » et non pas « gratuité », l'idée était déjà devenue définitivement suspecte pour l'industrie.

De cette confusion est très rapidement née l'idée d'éviter à tout prix les mots « libre » et « liberté ». Le terme «open source » était né.

Effectivement, il est certainement plus facile de vendre l'idée en utilisant « open source » au lieu de « logiciel libre ». Mais cela conduit aussi à ce que les « nouveaux » n'aient plus aucune idée de ce qu'était réellement l'idée de base, cela a divisé le mouvement et conduit à des guerres de tranchées incroyablement improductives, dans lesquelles beaucoup d'énergie créatrice a été gaspillée.

Qu'un plus grand public soit intéressé ne signifie pas qu'il soit nécessaire de moins parler de la philosophie soutenant le mouvement. Au contraire : plus il y a de personnes et d'entreprises ne comprenant pas que cette liberté est aussi dans leur intérêt propre, plus nous devons en parler. La liberté du logiciel apporte un énorme potentiel à chacun d'entre nous, entreprise comme utilisateur.

Le plan n'est pas de remplacer le capitalisme ou de détruire des entreprises. Nous voulons adapter l'utilisation du logiciel aux nécessités du 21ème siècle pour le bénéfice de tous. C'est le cœur du projet GNU.

Chacun de nous peut participer à ceci, que ce soit sous la forme d'un programme, d'une documentation, ou simplement en expliquant à d'autres personnes qu'il existe une autre manière de régler les choses.

Il est particulièrement important de rendre clair aux entreprises que le logiciel libre n'est pas une menace, mais bien une chance. Naturellement cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais quand les possibilités et perspectives deviendront claires pour toutes les personnes impliquées, nous pourrons tous en profiter. Donc si vous travaillez vous-même dans une société informatique, penchez-vous sur ce thème, discutez-en avec vos amis et vos collègues. Et n'essayez pas de les « convertir » (je sais que malheureusement la plupart d'entre nous ont tendance à le faire), les arguments parlent d'eux-mêmes. Donnez-leur le temps et la tranquillité de se pencher sur le thème et de se l'approprier. Montrez-leur que le concept de liberté n'est pas quelque chose qu'ils doivent redouter.

J'espère qu'il m'a été possible de vous transmettre la philosophie, ou du moins d'avoir amené l'un ou l'autre d'entre vous à réfléchir. Si vous avez des questions ou envie de discuter, je reste volontiers ce soir à votre disposition. Sinon je nous souhaite à tous une nuit très intéressante. Merci beaucoup.

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