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FLASH : Mettre en échec la HADIENDA

Les hackers GNU ont ouvert le GHM en révélant l'opération HACIENDA, un programme mondial de surveillance visant à la domination complète de la planète, ainsi que la manière de la mettre en échec à l'aide de services TCP furtifs. Regardez ! [Plus d'info]

L'original de cette page est en anglais.

Façonner le développement et les projets collaboratifs dans les TIC pour la prospérité mondiale

by Robert J. Chassell

[D'après un discours donné lors de la deuxième Global Knowledge Conference
à Kuala Lumpur, Malaisie, le 7 mars 2000.]

Le titre de cette présentation est « Façonner le développement et les projets collaboratifs dans les TIC pour la prospérité mondiale » et les thèmes de cette conférence sont : « accéder », « autonomie » [empowerment] et « gouvernance ».

Ce que je voudrais faire aujourd'hui, c'est prendre une technologie spécifique et vous dire comment nous avons façonné cette technologie pour la rendre accessible et en faire un instrument d'autonomie, comment nous l'avons placée dans un cadre économique et institutionnel qui encourage les gens à travailler en collaboration, enfin comment elle peut être utilisée pour une meilleure gouvernance.

Cette technologie, c'est le logiciel. Le « façonnage » dont il s'agit concerne son cadre légal et institutionnel, c'est-à-dire les termes des licences de copyright.

Étant un des fondateurs de la Free Software Foundation, j'ai travaillé pendant 16 ans sur le cadre légal et institutionnel dans lequel nous utilisons et développons le logiciel. GNU/Linux, un système logiciel complet, est né de ces efforts.

Les TIC, technologies de l'information et de la communication, sont formées de composants matériels et logiciels. Je ne parlerai ici que de l'aspect logiciel. Quoi qu'il en soit, j'espère pouvoir étendre notre expérience de ce sujet à d'autres technologies.

Quand je parle de logiciel, je veux parler aussi bien de ce qui fait tourner l'ordinateur, c'est-à-dire le système d'exploitation, que des applications comme le courrier électronique et autres moyens de communication, les tableurs, le commerce électronique, les outils de traitement du texte, l'envoi et la réception de fax, la création de sites web, l'ingénierie, la recherche, les calculs mathématiques, la modélisation, la manipulation d'images et les réseaux.

Ces dernières années, le prix des ordinateurs et des matériels de communication a tellement baissé que de plus en plus de gens les utilisent. En effet, les organisateurs de notre conférence estiment à un sur trente le nombre de personnes dans le monde ayant un accès informatique aux communications électroniques, qui sont connectées.

Bien que le rapport d'un sur trente représente une faible proportion de la population mondiale, cette technologie est populaire, grandissante et commence à prendre de plus en plus de place dans notre quotidien. De plus, nous nous attendons à ce que les ordinateurs et les coûts des communications continuent à baisser, pendant encore une génération au moins, ce qui signifie que ceux qui n'y ont pas encore accès vont en fin de compte en profiter.

Comme pour toute technologie, le logiciel peut s'utiliser d'une bonne ou d'une mauvaise façon.

En ce moment, ce sont les deux que nous voyons. Le mauvais côté, ce sont des machines qui plantent sans raison, des courriels qui font perdre de l'argent à leurs destinataires, des systèmes vulnérables à de simples virus et des programmes qui ne font qu'une partie de ce qu'on attend d'eux.

La clef du bon usage du logiciel est d'assurer la liberté. Cela entraîne collaboration, prix moins élevés, fiabilité, efficacité, sécurité et moins de barrières à l'entrée et à l'usage.

Pour faire bon usage de la technologie logicielle, les gens doivent avoir le droit, garanti par la loi, de la copier, l'étudier, la modifier et la redistribuer. Tout le reste en découle.

Le logiciel GNU/Linux donne ces droits aux gens. Les programmeurs en bénéficient, mais plus important, les non-programmeurs aussi en bénéficient.

Par exemple, les habitants d'une zone où les services téléphoniques sont médiocres ou inexistants peuvent utiliser un logiciel robuste, appelé UUCP, pour leurs communications. J'ai lu récemment qu'un groupe d'Oxfam l'a fait.

Ceux qui ont de vieilles machines, même à base d'un antique 80386, peuvent faire tourner des programmes efficaces, qui en font autant que des programmes exigeant un Pentium moderne et de la mémoire hors de prix. Ils peuvent très bien utiliser ces machines comme serveurs de pages web ou comme routeurs – comme infrastructure pour les communications.

Les gens ne possédant qu'un seul ordinateur peuvent brancher un ou deux terminaux supplémentaires, installer deux ou trois chaises devant au lieu d'une seule, tout cela pour un surcoût modique. Je l'ai fait : un ami est venu me rendre visite et nous voulions tous deux travailler en même temps sur ma machine. Courriel, surf sur le web, rédaction, administration réseau, tout cela nous l'avons fait en même temps.

Une communauté, ou une collectivité, peut créer sa propre liste de diffusion ou son forum, privé ou public. Il est là, le « collecticiel » [groupware]. Deux personnes ou plus peuvent travailler sur le même document au même moment, même s'ils habitent des pays différents. La dernière fois qu'il m'est arrivé de le faire, je travaillais avec un copain qui était de l'autre côté de l'Atlantique.

Avec quel alphabet voulez-vous écrire ? Hindî, chinois, thaï ? Pas de problème, et dans la même fenêtre que l'anglais ou le cyrillique.

Que ce soit une personne isolée ou un groupe, tout le monde peut construire son site web. Un éditeur peut composer ses propres livres. Un comptable peut analyser un budget. Les malvoyants ont la possibilité d'entendre à haute et intelligible voix un texte via leur ordinateur.

Vous pouvez choisir parmi plusieurs interfaces graphiques, de la plus élaborée à la plus simple et pratique, en passant par celle dont l'aspect et le comportement rappellent Microsoft Windows.

À part le système vocal pour les malvoyants, qui demande un matériel audio que je n'ai jamais installé sur ma machine, toutes les applications que je viens de citer tournent sur mon ordinateur personnel. Et je connais des gens qui ont installé le matériel audio et qui peuvent entendre les textes.

Toutes ces applications étaient sur un cédérom. Il se trouve qu'il m'avait été donné gratuitement, mais il m'est aussi arrivé de payer des CD contenant d'autres versions de ces programmes ; il est parfois simplement plus commode d'acheter. Et si vous avez une connexion Internet rapide, vous pouvez facilement télécharger le logiciel, il ne vous en coûtera que le prix de la connexion.

Cette profusion de logiciels est disponible et peut s'utiliser n'importe où dans le monde.

Pour revenir à la question : comment cette technologie a-t-elle été façonnée ? Je me répète ; la clef c'est la liberté : le droit, garanti par la loi, de copier, étudier, modifier et redistribuer le logiciel.

L'outil juridique spécifique que nous avons utilisé pour engendrer ces libertés et les avantages qui en découlent est une licence de copyright spécialement conçue, la GNU General Public License (licence publique générale GNU).

Cette licence vous donne plus de droits que le copyright de base, et plus de droits que beaucoup d'autres sortes de licences de logiciel. Pour aller à l'essentiel, elle vous interdit d'interdire. Elle vous permet de faire tout le reste.

J'aimerais approfondir cette liste de droits : copier, étudier, modifier et redistribuer.

En premier lieu, le droit de copier.

Il y a peu de gens qui possèdent une usine capable de recopier une voiture. De fait, reproduire une voiture est tellement difficile que nous utilisons un autre mot ; nous parlons de « fabriquer » ou « construire » une voiture. Et il n'y a pas tant que ça de constructeurs automobiles dans le monde. Bien moins d'une personne sur trente possède une usine automobile ou a la possibilité d'y accéder facilement.

Mais quiconque possède un ordinateur possède une usine, un moyen de fabriquer des logiciels, autrement dit, de faire de nouvelles copies. Puisqu'il est tellement facile de copier les logiciels, nous n'employons pas le terme de « fabriquer » ; en général, on ne le voit même pas sous cet angle, pourtant il s'agit bien de cela.

Le droit de copier des logiciels, c'est le droit d'utiliser vos propres moyens de production (si vous me permettez cette expression démodée). Des millions de gens, quelques pour cents de la population mondiale, ont entre leurs mains ces moyens de production.

Naturellement, des efforts ont été faits pour vous enlever vos droits d'utiliser votre bien personnel comme une usine dont vous êtes propriétaire.

En deuxième lieu, le droit d'étudier. Ce droit n'est pas d'un intérêt immédiat pour ceux qui ne programment pas. C'est un peu comme le droit, pour un juriste, de lire des manuels de droit. À moins d'être juriste, c'est le genre de livres que vous éviterez.

Et pourtant, le droit d'étudier a plusieurs implications, autant pour les programmeurs que pour tous les autres.

Le droit à l'étude signifie que les personnes vivant au Mexique, en Inde ou en Malaisie peuvent étudier le même code qui est utilisé en Europe ou aux États-Unis. Ce qui veut dire qu'on ne les empêche pas d'apprendre comment les autres ont réussi.

Il faut garder à l'esprit que beaucoup de programmeurs travaillent avec la contrainte qu'il leur est interdit de voir le code d'autres programmeurs. Plutôt que de se hisser sur les épaules de leurs prédécesseurs, ce qui reste la meilleure façon d'avancer et de voir plus loin, ils se retrouvent la tête dans le sac. Le droit d'étudier, c'est le droit de voir plus loin, de progresser, du haut des épaules de géants.

En outre, le droit d'étudier signifie que le logiciel lui-même doit être disponible sous une forme qui soit lisible par vous et moi.

Un logiciel se présente sous deux formes, l'une qui est lisible uniquement par les ordinateurs et l'autre qui est lisible par les gens. La forme que l'ordinateur peut lire est celle qu'il exécute. C'est ce qu'on appelle un binaire, ou exécutable. La forme qu'un humain peut lire s'appelle le code source. C'est ce que crée un programmeur humain, pour être ensuite traduit, par un autre programme d'ordinateur, en binaire ou exécutable.

Le droit suivant, celui de modifier, est le droit de corriger un problème ou d'apporter des améliorations. Pour la plupart des gens, cela signifie le droit que vous avez, vous ou votre organisation, de payer quelqu'un pour faire le travail à votre place, à peu près comme vous payez un mécanicien pour réparer votre voiture ou un charpentier pour agrandir votre maison.

Les modifications sont d'une aide certaine. Les développeurs d'applications ne peuvent pas penser à toutes les façons dont les utilisateurs feront usage de leurs logiciels. Les développeurs ne peuvent pas prévoir les nouvelles contraintes auxquelles leur code sera soumis. Ils ne peuvent pas anticiper toutes les conditions locales, par exemple qu'un Malais utilisera un programme qui avait tout d'abord été écrit en Finlande.

Et pour en terminer avec ces droits, parlons de celui de redistribuer.

Cela signifie que vous, qui avez un ordinateur, une usine à logiciels, vous avez le droit de faire des copies d'un programme et de le redistribuer. Vous pouvez faire payer ces copies ou les distribuer gratuitement. D'autres peuvent faire la même chose.

Bien sûr, plusieurs des gros fabricants de logiciels veulent vous empêcher de vous servir votre propre bien. Ils ne peuvent pas gagner dans un marché libre, alors ils attaquent autrement. Aux États-Unis, par exemple, on voit de récentes propositions de lois qui vous ôtent votre liberté.

Le droit de redistribuer, tant qu'il est défendu et appliqué, signifie que le logiciel est vendu au sein d'un marché concurrentiel, libre. Ceci a plusieurs conséquences. Une des conséquences, c'est un prix bas, favorable au consommateur.

Mais d'abord et avant tout, ces droits économiques et légaux amènent à collaborer, un des thèmes de cette conférence.

Ce résultat est contraire aux attentes de pas mal de gens. Peu d'entre eux s'attendaient à ce que dans un marché concurrentiel, libre, chaque producteur devienne plus coopératif et qu'on ne sente ni ne voie de compétition parmi les entrepreneurs en concurrence.

Plus un marché est concurrentiel, plus vous voyez de coopération. Cette implication, qui va apparemment contre toute intuition, a été aussi bien observée que déduite.

C'est possible parce que les gens ne sont pas lésés en faisant ce qu'ils ont envie de faire. Les gens aiment aider leurs voisins.

Prenez un petit fermier, un parmi un million. Mon ami George, chez moi aux États-Unis, est un de ceux-là.

Sa récolte est tellement maigre qu'il ne peut rien faire sur les prix au niveau mondial. Son voisin est dans la même situation.

Du coup, si George aide son voisin, c'est profitable à son voisin et George, lui, ne perdra rien sur ce que lui rapporte sa récolte.

À partir du moment où George n'y perd rien, il a toutes les raisons d'aider son voisin. George n'est pas simplement serviable, il a compris que s'il donne un coup de main à son voisin, ce dernier lui renverra probablement l'ascenseur.

Voilà ce que vous observez dans un marché concurrentiel libre : de la coopération.

Une compétition visible indique que le marché n'est pas complètement libre et concurrentiel. Une compétition visible, cela veut dire qu'au mieux vous n'avez qu'un marché semi-libre.

Allons plus loin : si un logiciel est vendu sur un marché libre, la concurrence entre les fournisseurs va faire tomber les prix, ce qui va profiter aux non-programmeurs.

Voyons les choses autrement : le prix d'un logiciel est déterminé en premier lieu par des considérations juridiques, par le degré de liberté dont profitent les acheteurs. Si ceux-ci ont l'interdiction d'acheter un produit sauf à prix élevé et que cette prohibition soit rendue effective, le produit sera cher. C'est ce qui se passe aujourd'hui avec beaucoup de logiciels privateurs.1

Par contre, si le produit est mis en vente sur un marché libre, la concurrence entre les fournisseurs en fera baisser le prix.

Et vraiment, il y aura des cas où les prix seront tellement bas que des sociétés ou d'autres organisations donneront les cédéroms contenant les logiciels ; d'autres feront des copies pour leurs amis ; et d'autres encore les mettront en téléchargement sur Internet, gratuitement.

Cela signifie que le logiciel lui-même, support nécessaire à un projet communautaire ou marchand, deviendra à la fois peu coûteux et légal.

Placez-vous du point de vue d'une PME ou d'une association locale. Elle pourrait utiliser un logiciel privateur diffusé via une distribution restrictive et alors, soit payer une somme qu'elle n'a pas, soit enfreindre la loi et le voler.

En revanche, le logiciel libre est bon marché et légal. Il est plus accessible. Il est aussi personnalisable, plus que ne peuvent l'être les logiciels restrictifs. Il donne de l'autonomie.

Nous façonnons le développement de cette technologie, nous créons la collaboration à travers l'utilisation d'un outil juridique, une licence, qui vous donne plus de droits que vous n'en auriez autrement, qui vous interdit d'interdire, ce qui, dans ce cas, vous donne le droit de copier, étudier, modifier et redistribuer le logiciel.

Parce qu'y sont associées des libertés, ce logiciel est appelé « logiciel libre » [free software].

Pendant que j'y suis, laissez-moi éclaircir un terme qui parfois induit en erreur les anglophones.

Le faible coût du logiciel libre fait croire à certains anglophones que le mot free dans l'expression free software (logiciel libre), signifie gratuit. Non, free est pris dans le sens de libre, mais il est facile de faire la confusion.2 Après tout, j'ai parlé de consommation modeste des ressources, de logiciel peu coûteux.

Le mot anglais free a plusieurs sens. Comme me le disait un jour un ami mexicain, dirigeant par ailleurs d'un gros projet de logiciel libre :

Il y a quelque chose qui ne va pas dans la langue anglaise ; elle ne sait pas faire la différence entre une « bière gratuite » et la « libre expression ».

L'espagnol, au contraire, fait la distinction entre gratis et libre (se prononce à peu près « libré ») ; free software se dit software libre.

De même, la langue de nos hôtes, le bahasa Melayu,3 fait la distinction entre pecuma et kebebasa. Un logiciel libre est un logiciel kebebasa.

Entre parenthèses, Éric Raymond et Bruce Perens ont inventé il y a quelques années le terme « open source » (sources accessibles, ouvertes) comme synonyme de « logiciel libre ». Ils voulaient modifier la mauvaise opinion qu'avaient certaines sociétés du marché du libre. Le terme est devenu courant. Éric et Bruce ont atteint leur but.

Cependant, je préfère le terme de « logiciel libre », qui transmet mieux l'objectif de liberté ; cette proposition que chaque homme, chaque femme, même vivant dans un pays du tiers-monde, a le droit de faire un travail rémunérateur, et qu'on ne doit pas le lui interdire.

J'ai mentionné le fait qu'une communauté ou une collectivité peut utiliser un logiciel bon marché et légal.

Maintenant, laissez-moi vous parler de l'industrie logicielle elle-même.

Parce que la concurrence dans un marché concurrentiel pousse vers le bas le prix des logiciels libres, personne ne s'engage dans l'industrie logicielle pour vendre des logiciels en tant que tels. Par contre, et cela est souvent méconnu, il est possible de gagner de l'argent par d'autres moyens.

Les sociétés et les personnes impliquées dans l'industrie logicielle ne vendent pas les logiciels en eux-mêmes, mais plutôt les services associés au logiciel, au matériel ou à d'autres solutions.

C'est ce qui se passe dans les professions médicales ou juridiques. Aussi bien la connaissance médicale que le droit sont librement redistribuables. Médecins et juristes vendent leurs services pour résoudre des problèmes.

De quels services est-ce que je veux parler ? Le plus évident : aider à se servir d'un ordinateur ou, pour prendre des exemples plus précis, mettre en place un réseau de radiocommunication par paquets dans un endroit où il n'y a pas de téléphone, ou encore créer et entretenir une base de données pour un entrepôt.

Exemple moins évident, les sociétés qui vendent des téléphones ou des usines pour le dessalement de l'eau ajoutent de plus en plus souvent du logiciel à leurs produits pour les rendre plus attrayants aux yeux des acheteurs.

Notez que les programmeurs écrivent eux-mêmes des logiciels pour quatre raisons principales : d'abord, ils sont payés pour résoudre un problème, tout comme un juriste est payé pour rédiger un contrat. Ensuite, il peut s'agir d'une partie d'un autre projet. Troisièmement, pour accroître leur réputation et finalement, parce qu'ils en ont envie.

J'ai parlé du façonnage de cette technologie pour favoriser la collaboration. La clef, c'est la liberté et la création d'un cadre légal qui favorise la liberté.

Maintenant, j'aimerais aborder les projets qui mènent à la prospérité.

Un des problème a trait aux ressources, ou plutôt à leur absence.

Comme je l'ai dit plus haut, les logiciels libres réduisent les barrières à l'entrée, que ce soit dans l'industrie logicielle elle-même ou dans les autres industries et activités.

Le logiciel libre, la culture de coopération et la manière de penser qui va avec, permettent de réduire les coûts d'exploitation.

Permettez-moi de prendre un exemple tiré tout droit de cette conférence. Tout d'abord, je dois vous dire que j'ai des correspondants un peu partout dans le monde. Ils ne vivent pas tous dans des pays riches. Eux-mêmes ou les institutions qui les financent ne sont jamais très riches.

Les premiers messages que j'ai reçus à propos de cette conférence ont utilisé plus de quatre fois et demie les ressources nécessaires à la circulation de l'information. Ils ont été envoyés sous forme inutilement volumineuse.

La prochaine fois que vous aurez à budgétiser un projet, imaginez le payer quatre fois et demie son prix. Réfléchissez alors à la manière dont vous allez le financer.

La prochaine fois que vous paierez l'addition, sortez quatre fois et demi plus d'argent de votre poche…

Pour moi, l'utilisation des ressources n'est pas un problème, puisque la télécommunication ne m'est pas facturée à la minute comme c'est souvent le cas. Mais je sais que mes correspondants de par le monde préfèrent que je fasse attention à mes communications, que je ne gaspille pas leur argent ni celui des institutions qui les financent.

L'une des caractéristiques remarquables des logiciels libres est qu'ils peuvent tourner sur de vieilles machines aux capacités modestes, comme je l'ai mentionné tout à l'heure. Par exemple, il y a quelques mois, j'ai lancé sur le 486 de ma sœur un gestionnaire de fenêtres, un navigateur web graphique et un programme de manipulation d'images. Tout cela a parfaitement fonctionné.

Les éditeurs de texte, les programmes de courrier électronique et les tableurs demandent encore moins de ressources.

Cette frugalité signifie que les gens peuvent utiliser le vieux matériel qui a été mis au rebut par les plus grandes sociétés mondiales. Ce matériel n'est pas cher, souvent même offert. Les ordinateurs ont besoin d'être transportés. Vous aurez parfois à prévoir localement de retaper le matériel et de le remplir de logiciels libres, peu coûteux et personnalisés. Pour l'utilisateur final, ces machines coûtent moins qu'une machine neuve.

Par ailleurs, les constructeurs fabriquent des ordinateurs modernes bas de gamme qui en font tout autant que les vieux, et ne sont pas trop chers.

Ce n'est pas la peine d'acheter un matériel onéreux, flambant neuf, pour faire tourner vos logiciels.

En conclusion…

On m'a demandé de parler sur :

« Façonner le développement et les projets collaboratifs dans les TIC pour la prospérité mondiale ».

Ces 16 dernières années, je les ai passées à travailler avec des gens qui ont façonné le logiciel grâce à un outil juridique qui vous donne maintes libertés : celles de copier, étudier, modifier et redistribuer le logiciel.

Cet outil façonne la technologie logicielle pour la rendre plus accessible et en faire un instrument plus efficace d'autonomie ; il encourage les gens à travailler en collaboration, et offre une technologie qui permet une meilleure gouvernance.

Cet outil juridique signifie que les sociétés impliquées dans les TIC sont en concurrence non pas pour le logiciel lui-même, mais pour la vente de services associés au logiciel ou la vente de matériel ou d'autres solutions.

Ce cadre juridique veut dire que les sociétés offriront des services plus fiables et plus efficaces.

La liberté, garantie par une licence adéquate, signifie que les gens qui utilisent les ordinateurs ou les télécommunications comme outils peuvent prendre pied dans leur industrie plus facilement.

Cela signifie que tous les usagers peuvent réduire leurs coûts d'installation et d'exploitation, ce qui implique que les gens vivant dans des pays plus pauvres n'envoient pas leur argent aux pays riches, mais qu'ils le maintiennent dans leur économie locale.

De plus, comme je l'ai dit plus haut, les licences logicielles de la distribution restrictive forcent souvent les gens à choisir entre violer la loi et payer une somme qu'ils n'ont pas.

Par souci de bonne gouvernance, un pays ne devrait pas forcer les personnes qui tentent de travailler décemment à prendre une telle décision. Trop souvent, une personne par ailleurs respectueuse des lois, mais sans grandes ressources, choisira de violer la loi.

Ce pays devrait plutôt faire en sorte qu'agir dans le respect des lois soit, sans discussion, le meilleur choix, à la fois pour des raisons légales, morales et pratiques. On s'attend toujours à ce que son voisin soit respectueux des lois et honnête ; c'est ce qu'encourage le logiciel libre.

Le logiciel libre donne la maîtrise de leur vie à ceux qui étaient laissés pour compte.


Notes de traduction
  1. Autre traduction de proprietary : propriétaire. 
  2. Cette confusion est peu probable en français car on peut difficilement donner à « libre » le sens de gratuit. Et pourtant, la première réaction des gens à qui l'on parle de logiciel libre est souvent : « Ah oui, les logiciels gratuits ? » 
  3. Malais (groupe de langues très proches les unes des autres). 

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